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APE : un Accord de Paupérisation économique

Jusqu’à maintenant, l’Afrique de l’Ouest peut exporter librement ses productions - sans acquitter de droits de douane - vers le marché européen. En revanche les Etats ouest-africains conservent la possibilité de taxer les importations venant d’Europe.

L’Union européenne (UE) exige désormais la réciprocité : pour continuer à bénéficier du traitement préférentiel européen, l’Afrique de l’Ouest devrait supprimer ses droits de douane sur 82% des importations d’origine européenne. Ce chantage s’appelle « APE ».

Cette libéralisation des échanges consacrerait la liberté du renard européen dans le poulailler ouest-africain. L’APE mettrait en compétition la zone économique la plus riche avec une des régions les plus pauvres du monde : seuls 6 % des produits ouest-africains sont plus compétitifs que ceux de l’Union européenne ! C’est tout le tissu économique local de l’Afrique de l’Ouest, constitué de petites et moyennes entreprises et d’exploitations agricoles familiales, qui serait alors mis en danger par cet accord.

De plus, l’Afrique de l’Ouest perdrait 1,3 milliard d’euros de recettes fiscales par an, 5 ans après l’entrée en vigueur de l’APE et 3,2 milliards la 20ème année. La perte cumulée sur les 20 premières années s’élèverait à 30 milliards d'euros et continuerait à progresser, ce qui serait un handicap gigantesque pour l’investissement des Etats d’Afrique de l’Ouest dans le développement, y compris pour le soutien aux agricultures familiales et paysannes.

APE : Accélération de la Pauvreté des Éleveurs

Alors qu’en Afrique de l’Ouest les initiatives se multiplient pour développer les filières «lait local », l’APE entraverait ces efforts. Il supprimerait les droits de douane sur les importations de lait en poudre européen, vendu à bas prix grâce aux subventions de la Politique agricole commune. Il est vrai qu’aujourd’hui ces droits sont faibles (5%) mais l’APE interdirait de les rétablir et de les augmenter à l’avenir. Or grâce à la mobilisation des mouvements d’éleveurs, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a finalement reconnu, en novembre 2015, « l’importance et la nécessité à terme de réviser la politique tarifaire sur la poudre de lait importée », à l'exemple de l'Afrique de l'Est où la taxation de la poudre de lait à 60% lui a permis de devenir quasi-autosuffisante en produits laitiers.

Si l’APE était conclu, l’Afrique de l’Ouest ne pourrait plus taxer l’importation de poudre de lait et cela mettrait en concurrence la production laitière européenne qui recherche des débouchés et la production locale : les producteurs et productrices africaines perdraient à terme leurs moyens de subsistance.

infographie Malawi

Comme le rappelle Mamadou Cissokho, président honoraire du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA) :

"Tous les pays qui se sont développés ont commencé par créer les conditions pour le faire en se protégeant et ce n’est qu’après qu’ils se sont ouverts aux autres. On ne peut demander aujourd’hui à l’Afrique d’être le premier exemple qui montrera que c’est en s’ouvrant d’abord au commerce qu’elle va se développer".

Pour signer la pétition, cliquer ici